Consacré au lien mère-fille, ce blog rassemble des données sur le sujet : bibliographies, traitement dans la presse et la culture. Il vise à informer sur la problématique liée à ce lien premier - qui influence tous les autres - pour aider à prendre conscience et accompagner sur le chemin de la Guérison

Guerre au sein d’une famille : écho du dilemme !

Source Image : http://ismahane.centerblog.net/

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J’ai été très touchée hier soir alors que j’assistais à une conférence en l’église Saint-Justin de Levallois, consacrée à la compréhension entre chrétiens et musulmans, par le témoignage du Père Roger Khalil.

Avec humilité, le Père Roger a partagé sa propre histoire, celle d’une famille libanaise accueillant en son sein le jeune syrien employé par son père. Une famille élargie à l’Autre, perçu comme un frère par le petit Roger. Soudain la guerre va bousculer les représentations, cet autre c’est aussi l’étranger, un musulman, « l’ennemi ». Rappelé dans son pays pour faire son service, c’est quelques années plus tard que le jeune militaire, en poste non loin de là, revient visiter « sa » famille libanaise. Le père Roger reste comme « interdit », il faudra toute la patience et la compréhension, l’amour de ce jeune homme pour son « frère » pour renouer le lien fraternel

Pour « apprivoiser » le jeune Roger, son ami décide, un jour, d’aller le chercher à la sortie du collège. Voilà, l’épreuve de vérité ; être vu en présence de l’autre, assumer cette relation à l’autre que tout semble interdire. « Comment, Roger, tu as un ami syrien ? »

C’est là que soudain quelques émotions se bousculent en moi. Cet instant de vérité où le langage du cœur doit parler … cet instant de vérité que j’ai préféré esquiver :

Cela faisait quelques temps déjà que je vivais à Paris et que je fréquentais mon ami. Ma mère et son compagnon avaient décidé de passer quelques jours à la capitale ; j’allais les chercher à la gare, quand en sortant de chez moi, j’ai croisé mon ami. Il travaillait non loin de là et me dit qu’il passerait peut-être me voir dans la soirée … Panique à bord, ils allaient se croiser ; « il ne faut pas qu’ils se croisent ». J’étais anéantie à l’idée de cette rencontre, je ne savais pas pourquoi, ce qui se jouait en cet instant, je ne savais pas très bien si c’est ma famille que je voulais cacher, mon ami, une part de moi … c’était juste un gouffre indescriptible ….

C’était la guerre aussi en moi, la guerre au sein de ma famille. Une guerre psychologique, énergétique, d’autant plus pernicieuse et cruElle qu’elle était invisible, cachée sous l’apparence d’une relation mère-fille sans tâche, précisément sans tâche parce que je n’étais que le prolongement d’une autre qui m’empêchait d’avoir accès à moi-même et à l’Autre.

Il faudra des années pour comprendre la nature du combat à mener, pour que je perçoive que l’injonction qui mettait faite de rester une petite fille m’«interdisait » de présenter cet homme à ma mère. D’autant plus, que contrairement à mes premiers petits amis, lui était un Homme et qu’un amour profond nous liait. Reste la culpabilité de l’avoir rejeté - ne serait-ce que dans ma tête, puisqu’il n’est pas venu ce soir-là ; mais l’amour vrai sent les choses et ne peut se satisfaire d’être réfréné -, d’avoir fermé mon cœur plutôt que de transcender la peur … Je visualise souvent l’endroit où nous nous sommes vus cet après-midi-là, il s’agissait d’un carrefour, nos corps séparés par un feu de signalisation. « Quelle direction Carole ?, « Vert ou rouge ? » et d’être encore hypnotisée par ce charme maternel au lieu de choisir l’amour du large …

Cela doit bientôt faire 10 ans, autant de temps à travailler ce rapport mère-fille, à se guérir de la honte de rester, malgré soi, une enfant et de ne pouvoir avancer dans la vie, de ne pouvoir s’affirmer, ni même aimer … mais ce soir, le Père Roger m’a rappelé que le bon positionnement nous est offert par Dieu, que sa grâce donne la force, en particulier quand il s’agit d’aimer ou de reconnaitre « son frère » …

Il m’a rappelé que d’un petit pas, Le Seigneur fait un Passage … Je salue le pas du jeune Roger qui répondit à ses camarades que ce jeune homme n’était pas « un ami », mais « son frère » ; je le remercie d’avoir témoigné qu’à cet instant son cœur s’est allégé, de m’avoir rappelé qu’en choisissant l’amour, on fait grandir l’Amour …

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