Au couvent, Suzanne s’aperçoit bien vite que là n’est pas sa place.
C’est bien sa place qui est d’ailleurs en question dans le champ familial, celle d’une troisième fille, illégitime, et pour laquelle la distance du père laisse supposer ses propres soupçons …
La Mère Supérieure est bonne, mais comme sa vraie mère défendait son honneur, celle-ci défend celui de l’Eglise et sous couvert de protection du "corps institutionnel", elle invite Suzanne à « s’abandonner » au couvent tant qu’elle n’y prononce pas ses vœux.
Le temps du noviciat terminé, fidèle à elle-même, rassemblant son courage, sous les yeux de ses mères, Suzanne dit « Non » au moment de prononcer officiellement et publiquement ses vœux.
Après cet épisode, Suzanne repart vivre dans sa famille. De retour dans le monde, elle espère rencontrer un futur mari qui voudra bien d’elle, bien qu’elle fût sans dot.
Sa mère lui fait savoir que cet espoir est vain après l’esclandre du couvent …
les femmes de caractère font peur aux hommes … et Madame ne croyait sans doute pas suffisamment à l’amour pour imaginer que sa fille puisse réellement intéresser un homme !
Celle-ci supplia sa fille de cesser de lui causer des misères et Suzanne ne put que « consentir » à son retour au couvent.
Une nouvelle Mère Supérieure l’y attendait. Celle-ci allait lui en faire voir de toutes les couleurs. Il s’agissait d’obéir comme un bon petit soldat, ce à quoi Suzanne, éprise de liberté et de justice, ne pouvait se résoudre. Pour la seconde fois, vint le temps de prononcer ses vœux. Cette fois-ci, son corps l’abandonna, et Suzanne revenue à elle, on tint pour acquis ses vœux.
Avec la complicité d’une sœur-amie, elle engagea une procédure de dénonciation de ses vœux. La nouvelle répandue dans le couvent, elle ne tarda pas à devenir la bête noire de la Mère supérieure et de ses con-sœurs. S’extraire du « même » voue à bien des déconvenues, mais sœur Suzanne refusait obstinément un destin qui n’était pas le sien.
En ces temps de souffrance physiques et morale, ses prières adressées au Père et l’espoir de voir un jour le sien la sauver, lui permettaient de tenir.
C’est un autre homme qui viendra, dans un premier temps, à son secours.
Mandaté par l’Eglise suite à la requête de Suzanne, celui-ci vint s’entretenir avec elle et ne put que constater l’état déplorable dans laquelle on la laissait délibérément périr.
La requête de Suzanne fut cependant rejetée. La Grande Mère l’Eglise ne pouvait consentir à laisser partir un de ses enfants. Celle qui était donc condamnée à être religieuse fut transférée dans un autre établissement. Elle y rencontre alors une nouvelle facette de l’amour maternel.
Après la cruauté, elle se trouve entourée et, pour un moment, s’abandonne à la douceur d’une mère enveloppante et rieuse. En parallèle, le chant, expression de soi, vient combler l'ennui, qui traduit quant à lui le défaut de réalisation personnelle.
Bien vite, on comprend que la Mère supérieure ne s’intéresse guère à sœur Suzanne pour Suzanne ; elle s’éprend de ses chères sœurs pour oublier le destin qui l’a enfermée au couvent et ainsi coupée d’une vie de sens.
C'est à l'initiative de son avocat - représentant la Loi, donc le Père - que Suzanne obtient la clef de sa liberté. Elle s'évade et trouvera refuge chez celui qui comprit à temps qu’il était son Père. Le film se termine alors, précisément là on l’on voudrait qu’il (re)commence,
que la Vie commence … !